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Les DROITS DU PIETON
ARGUMENTAIRE CONTRE LA CIRCULATION SUR LES TROTTOIRS
D’ENGINS ELECTRIQUES AUTRES QUE D’AIDE AUX PERSONNES HANDICAPEES
17 décembre 2010
Le gyropode, plaie des trottoirs du futur ?
Où l'on reparle du gyropode Segway (le transporteur humain !) et des
autres engins motorisés hybrides de confort, tolérés sur les trottoirs et source
de stress et de peur pour les piétons vulnérables.
En 2006, dans l'article le Segway et autres aides aux déplacements
piétonniers, nous nous étions inquiétés de l'arrivée en force sur les
trottoirs, en plus des patinettes et trottinettes classiques, de nombreux engins
motorisés y circulant parce que non homologués pour la circulation sur la
chaussée. Parmi ces derniers, on commençait à voir le gyropode Segway, invention
géniale mais destinée, si on n'y prête garde, à devenir la plaie des trottoirs
au 21ème siècle.
Nous avions pris à son égard une attitude modérée en acceptant qu'il puisse
être toléré sur les trottoirs à moins de 6 km/h et sans occasionner de gêne aux
piétons, si sa carte électronique le limitant à la vitesse du pas était affichée
visiblement. Quatre ans plus tard le lobbying tous azimuts et la politique
agressive de promotion de l'engin par la compagnie Segway nous a rendus plus
circonspects.
En effet, après la présentation de son invention en décembre 2001, Dean Kamen
avait obtenu un avis apparemment favorable, mais qui n’est pas sur le site de la
société Segway (note : nous ne sommes pas parvenus à le retrouver. La
Commission ne s’engageait peut-être pas plus que Madame Palaccio d’ailleurs dans
sa en mai 2003 à une question écrite de la députée européenne Mme Brempt ),
et dans la foulée en 2003, son autorisation « de l’expérimenter dans un nombre
de lieux limités… à la vitesse maximale de 6 km/h » sur les trottoirs de France.
Expérimentation contestable car ni définie, ni encadrée, ni limitée dans le
temps, et confiée au fabricant lui-même.
Quelle est la situation aujourd'hui ?
L'inventeur ne manquait jamais d'insister sur le très large éventail d'usages
qu'offre son invention. En effet, comme le fauteuil électrique pour personnes
handicapées, son propriétaire peut le mettre en route dans sa chambre, et le
conduire tout au long d'une chaîne continue de déplacements, y compris en
empruntant les transports en commun, de Paris à New-York ou Pékin, ... et tout
cela sans effort.
Son objectif était clairement que tous les espaces de circulation lui soient
ouverts puisque sa vitesse peut aller de zéro à 20 km/h ou plus, très
facilement.
Il a très bien intégré l'avantage que sa machine soit autorisée exclusivement
sur les trottoirs en France. Et le discours de son service communication
remarquablement relayé par le réseau des vendeurs et loueurs, s'adapte depuis
des années au public et à la cible commerciale. La machine est "cool" pour les
jeunes branchés (se limiteront-ils à la vitesse du pas sur les trottoirs?), mais
pilotable en 5 minutes de formation par un papy. Elle l'est bien par un singe
comme le montre une vidéo !
La société Segway France n’utilise jamais les dénominations véhicule ou
‘’engin’’ mais actuellement uniquement ‘’le Gyropode Segway® remplaçant
‘’le transporteur individuel’’. Il est présenté comme ‘’un
moyen de transport alternatif propre, ludique et efficace,… rien de tel que de
se déplacer pour aller faire des courses ou pour aller au travail tout
en rendant ludique ce trajet de quelques kilomètres. J’évite les embouteillages
pour me rendre au bureau. ….Je me faufile entre les piétons, sans accroc, comme
si ils savaient où j’allais. Vous pouvez également rouler à l’intérieur des
bâtiments, prendre l’ascenseur jusqu’à votre bureau …’’
Les photos montrent uniquement des piétons heureux du voisinage imposé.
N'est-elle pas un piéton par sa maniabilité et sa discrétion ? En revanche, on
cite comme avantage pour les policiers leur position imposante du haut de sa
plate-forme. Des vidéos montrent des "aventuriers" la conduisant dans la neige,
sur les flaques d'eau salée de la plage, zigzaguant autour des promeneurs dans
les parcs. Des candidates au titre de Miss France défilent dans les rues "manche
à balai" du Segway en main.
En revanche dans de nombreux pays, selon leur législation, l'autorité
nationale ou locale habilitée a refusé d’accorder au gyropode Segway, classé
véhicule électrique, l’autorisation de circuler sur les trottoirs, par exemple
en Grande Bretagne ou en Suisse. On remarquera qu'en Suisse 5 ou 6 malades
souffrant de sclérose en plaques ont obtenu une autorisation à titre
exceptionnel, affichée clairement sur la machine.
Dans sa logique implacable, la France cartésienne, comme une poule qui a
trouvé un couteau, ne savait pas où classer cet ORNI (objet roulant non
identifié). Il n'était pas réceptionné et n'entrait pas dans les définitions
d'un véhicule, et encore moins d'un cycle avec ses roues latérales accolées ; à
5000 Euros environ alors, il pouvait difficilement être considéré comme un
jouet. Elle lui a donc offert les trottoirs sur un plateau ... Nous le disions
déjà en 2006, comme si le trottoir était un lieu de non-droit toléré.
Aujourd'hui nous pouvons voir à Paris, Lyon, etc., ce qui risque de se passer
dans les 10, 20, ou 30 prochaines années si nous n'y prenons garde.
Les agences de voyages y ont mis au point des parcours touristiques. Les
clients, encadrés par des moniteurs, défilent en cortèges de 6 à 8 personnes à
la queue leu leu.
A Paris, cela se passe pour l'instant essentiellement dans le quartier des
Champs-Élysées et de la Tour Eiffel sur des trottoirs heureusement assez larges.
On nous a signalé que, souvent, arrivés dans le quartier tranquille derrière
la Tour Eiffel, certains groupes ont quartier libre : ils descendent des
trottoirs et se lancent dans des courses poursuites (à 6 km/h donc ???) et
testent les possibilités d'équilibre de leur machine SUR LA CHAUSSEE.
A Lyon, en réponse à nos questions, les moniteurs nous ont dit circuler
principalement sur les trottoirs, voire avec des incursions sur la chaussée, là
où leur progression est la plus facile. Ils nous ont dit avoir toute latitude
pour la vitesse, plus ou moins élevée selon l’encombrement. Aucun n’était au
courant de la limitation à 6 km/h contenue dans l’autorisation.
A l'inverse on constate maintenant que certaines de ces agences organisent
des visites accompagnées de la ville à vélo. On n'aurait rien à en dire si ce
n'est que certains groupes de cyclistes suivent A VELO SUR LES TROTTOIRS les
itinéraires habituels des Segways. Il est vrai que la mauvaise réputation des
automobilistes français, et particulièrement parisiens, est une bonne excuse
pour ces pratiques ILLEGALES.
Quoi qu'en disent les loueurs de Segway, ils y sont gênants. Les piétons,
craignant d’être heurtés ou renversés, n'ont pas d'autre choix que de
s'écarter pour les laisser passer. Mais la Société Segway qui bénéficie depuis
février 2003 d'une autorisation temporaire accordée à titre expérimental a
tout intérêt à nier l'existence de ce problème de cohabitation forcée. Le rappel
par l'administration française que « les trottoirs et les aires
piétonnes sont des espaces dédiés aux piétons, usagers vulnérables qui ne
doivent pas y voir leur sécurité compromise. » apparaît comme un vœu pieux
qui souligne l'incohérence de sa décision : elle ne pouvait pas ignorer les
combats engagés aux Etats-Unis sur ce problème dès la commercialisation du
Segway en 2001.
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Le Segway et autres gyropodes, les scooters et patinettes électriques de
loisirs, et le Code de la rue
Il a été demandé au groupe travaillant sous l'égide du CERTU sur le Code de
la rue, de revoir le statut des machines non réceptionnées "d'aide aux
déplacements piétonniers". Une première étude avait été faite, il y a plus d'un
an, mais elle n'avait pas abouti.
L'Association Les Droits du Piéton demande l'application stricte du Code de
la route tel qu'il existe actuellement, avec pour seule modification, les
précisions à apporter au statut des fauteuils électriques et des engins
électriques d'aide au déplacements des PMR (Personnes à mobilité réduite) dont
la vitesse est limitée par construction à la vitesse du pas. Comme les personnes
en fauteuil manuel ou les piétons valides, leurs usagers doivent pouvoir
circuler sur les trottoirs, mais aussi en descendre et circuler sur la chaussée
y compris à contresens, s'ils ne sont pas praticables (véhicule en stationnement
sauvage, trottoir défoncé, etc.).
Le Segway® (de même que tout autre gyropode rapide) ne peut entrer dans cette
catégorie, même s'il est vrai que l'on peut envisager des dérogations
exceptionnelles pour des personnes ayant des difficultés médicalement avérées
pour s'asseoir et pour marcher. Ce n'est apparemment qu'une infime minorité des
usagers potentiels.
Les gyropodes et autres véhicules motorisés ne doivent pas être autorisés sur
les trottoirs :
1 - parce qu'ils roulent plus vite que le pas moyen d'un piéton. En nombre,
ils causeront du stress plus particulièrement aux parents de jeunes enfants, aux
personnes âgées et aux PMR (Personnes à mobilité réduite).
2 - ils prennent plus de place qu'un simple piéton, et n'ont pas la capacité
des piétons valides, même marchant très vite ou courant, de s'arrêter net
de s'effacer devant une personne moins agile.
3 - seules les personnes réellement handicapées pour la marche (voir plus
haut l'exemple suisse) devraient pouvoir les utiliser, et la meilleure
protection contre les abus prévisibles (utilisation par sauts de puce sur
trottoirs pour dépasser des embouteillages ou prendre des raccourcis) est que
les gyropodes et scooters autorisés pour cet usage soient limités A LA
FABRICATION, et non par clé électronique ou autre bridage réversible, à 4 km/h,
vitesse du pas humain moyen. La vitesse de 6 km/h est la vitesse du pas humain
rapide, et 6 ou 7 km/h celle du pas du cheval.
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Comment classer le Segway dans le Code de la Route ?
Selon les caractéristiques fournies par la société Segway France cet engin
peut rouler à 20 km/h et sa puissance est de 3 kW..
Le Code de la route définit à l'article R311-1 les diverses catégories de
véhicules, dont la suivante :
’’4. 1. Véhicule de catégorie L1e : véhicule à deux roues
dont la vitesse maximale par construction est égale ou supérieure à 6 km / h et
ne dépasse pas 45 km / h et équipé d'un moteur d'une cylindrée ne dépassant pas
50 cm ³ s'il est à combustion interne ou d'une puissance maximale nette
n'excédant pas 4 kilowatts pour les autres types de moteur’’.
On voit que le Segway entre parfaitement dans la définition du véhicule de
catégorie L1e du Code de la Route. Dès lors, nous ne voyons pas pourquoi il ne
serait pas traité en conséquence.
Les cycles (catégorie 6.10) bénéficient par endroits de chaussées
spécialisées (pistes cyclables), distinctes du trottoir sur lesquelles les
cyclomoteurs, appartenant aujourd’hui à la catégorie L1e précisément, ont été
autorisés pendant un certain temps. Mais la distinction a ensuite été faite, à
juste titre, de ne plus mélanger les véhicules à propulsion musculaire avec les
véhicules motorisés. Plus récemment, les cycles à pédalage assisté (catégorie
6.11) ont été assimilés aux cycles mais sous une condition de puissance
extrêmement encadrée de 0,25 KW, soit seulement 1/12 de la puissance du Segway !
On voit donc que le Segway ne saurait prétendre, non plus, à être assimilés aux
cycles à pédalage assisté.
Conséquence du classement dans la catégorie
L1e
Les véhicules entrant dans cette catégorie sont réceptionnés CE et
immatriculés. (Article R321-9 ‘’Le constructeur adresse la demande de
réception CE d'un type de véhicule, de système, ou d'équipement au ministre
chargé des transports’’.
Ils doivent posséder divers équipements obligatoires, dont un éclairage
(Article R313-1 ‘’Tout véhicule ne peut être pourvu que des dispositifs
d'éclairage ou de signalisation prévus au présent code’’).
Ils ne doivent pas circuler sur les trottoirs, les aires piétonnes et les
voies vertes (Article R412-7 ‘’Tout conducteur doit, sauf en cas de
nécessité absolue, faire circuler son véhicule exclusivement sur la chaussée.
……. Les conducteurs de véhicules motorisés ne doivent pas circuler sur une voie
verte, ni dans une aire piétonne »)
Le partage de l'espace doit-il toujours se faire au détriment du
plus faible des usagers ?
Quand Segway France indique que son engin permet d’éviter les embouteillages
et de se faufiler entre les piétons, il vise essentiellement une
utilisation sur les trottoirs et aires piétonnes, c’est à dire l’ensemble de
l’espace piétonnier urbain public.
Or, le Code de la Route protège strictement l’espace piétonnier de tout
véhicule motorisé. L’exception du fauteuil roulant pour personne à mobilité
réduite est parfaitement justifiée. Le vélo lui-même, non motorisé, sinon avec
une très faible puissance strictement encadrée, n’est pas autorisé sur les
trottoirs mais seulement, à faible vitesse, sur les aires piétonnes (Article
R431-9 ‘’Les conducteurs de cycles peuvent circuler sur les aires piétonnes,
sauf dispositions différentes prises par l'autorité investie du pouvoir de
police, à la condition de conserver l'allure du pas et de ne pas occasionner de
gêne aux piétons’’).
A supposer que l’on crée une nouvelle catégorie pour le Segway, l’autorisant
notamment à circuler sur l’espace piétonnier, cela reviendrait à donner à un
engin relativement rapide et fortement motorisé des droits supérieurs à ceux du
vélo, véhicule non motorisé (ou très faiblement) ! Il en résulterait une totale
incohérence dans l’ensemble du Code de la Route.
Évidemment, ne manqueraient pas de s’introduire dans cette brèche toutes
sortes de véhicules équivalents. Pour retrouver une certaine cohérence, il
faudrait bien sûr ouvrir le même droit aux vélos.
Traditionnellement, le trottoir a été le lieu affecté aux piétons, clairement
séparé de la chaussée, affectée aux véhicules.
Dans les années 50 et pendant plus de 30 ans, le trottoir a été raboté et des
plantations y ont été supprimées afin de faire toujours plus de place à la
voiture, ce qui a conduit à une impasse sur laquelle on revient lentement depuis
une dizaine d’années. Néanmoins, la voiture continue à les envahir,
sournoisement, en y stationnant illicitement, car les méthodes de contrôle sont
inefficaces.
Alors que l’encombrement par la voiture persiste, le renouveau du vélo
a amené sur les trottoirs une nouvelle occupation, également illicite, certes
peu dangereuse, mais néanmoins très gênante, due à la circulation de nombreux
cyclistes inexpérimentés, et au stationnement des vélos, situation qui n’est pas
davantage contrôlée.
Enfin, la pression exercée par les commerces pour une occupation excessive et
abusive, de plus en plus fréquente dans les centres-villes, n’est pas bien
contrôlée non plus.
Aussi nous posons la question suivante : serait-il vraiment judicieux
d’ajouter un nouveau problème en autorisant ces véhicules motorisés a y circuler
Cela ruinerait le trottoir, dernier espace de tranquillité et de sécurité qui
subsiste dans nos villes, envahies par une intense circulation automobile.
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