Itinéraire
mental d’un déplaceur de voitures…(Suite de la précédente lettre)
Aussi,
petit à petit, je me suis mis à déconnecter mes interventions de mes simples
déplacements en famille. En effet, entamer une discussion en leur présence était
pénible, d’autant plus qu’outre la vision répétée de disputes, je ne
pouvais plus m’occuper d’eux pendant les disputes. Ainsi, quand j’étais
avec eux, je me mis à contourner les obstacles sans mot dire, et quand j’étais
tout seul, j’entamais la discussion. Mais le résultat n’était pas
satisfaisant. En effet, je me suis très vite aperçu que tout seul, les
automobilistes me répondaient beaucoup plus brutalement, voire m’insultaient
directement. Et c’est normal : devant de jeunes enfants, tout le monde
tente de se modérer. Mais tout seul, je n’étais plus un papa, et personne ne
comprenait pourquoi j’intervenais, alors que tout le monde était
tranquillement mal garé.
Parallèlement
aux discussions, je posais des papiers photocopiés au nom de notre association
ou du Collectif « Partageons la Rue » qui faisaient poliment
remarquer aux automobilistes qu’ils étaient mal garés. Ou parfois, n’ayant
pas de papiers, je levais des essuies-glaces, c’était impressionnant car tout
le monde autour des voitures comprenait le geste, et cette voiture qui était
jusqu’à présent perdue parmi les autres était tout à coup mise en évidence.
Les conducteurs n’appréciaient pas du tout. Souvent, quand certains
arrivaient et voyaient leur essuie-glace levé, ils s’empressaient de le
redescendre, puis repartaient en laissant la voiture mal garée. Comme quoi,
faire dans l’incivique, ce n’était pas grave, mais se faire remarquer, ah
non, quand même pas !
D’où
une impression étrange : en effet, dans le but de demander un peu plus de
respect et de civisme, je provoquais des discussions qui dégénéraient en
disputes. J’ai mis longtemps à trouver une expression qui puisse caractériser
ma démarche. Finalement, après mûre réflexion, j’ai trouvé : je
« troublais le désordre public… » Il m’est arrivé de douter :
devais-je continuer ainsi ? ou laisser faire ? et me taire ? ce
qui était évidemment plus simple et plus confortable, mais inversement nous
sommes déjà bien peu à avoir cette conscience, si nous, nous nous
taisons, qui parlera pour améliorer la condition des piétons ?…(à
suivre)
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